48 heures à Vilnius

apparu sur le blog de Mario Fontaine
La Presse

La capitale de la Lituanie, à la fois baroque et ultramoderne, est une ville fort agréable à visiter.
Photo Mario Fontaine, La Presse
 

Vil... quoi? De toutes les capitales européennes, celle de la Lituanie est certainement l'une des plus méconnues. Et pourtant, un charme fou se dégage de la ville de Vilnius, petite, baroque, à la qualité de vie incomparable. Une façon humaine et festive de s'imprégner de l'esprit balte.

JOUR 1

10 h: DEUX MONDES
Première étape indispensable: accéder au sommet de la colline de Gediminas par le petit funiculaire. Sur cette grosse butte arrondie, une tour massive, vestige des anciennes fortifications. Et du haut de la tour, le plus beau panorama de Vilnius! Le quartier baroque le plus important d'Europe est à nos pieds. Tout est douceur, courbes et verdure. À droite, le contraste est saisissant: voici la nouvelle ville avec ses tours ultramodernes, et ma foi très réussie. Comme la rivière Neris sépare les deux quartiers, l'intégralité du vieux Vilnius est parfaitement conservée.

11 h: FERVENTS CATHOLIQUES
En redescendant de la colline, on tombe sur la cathédrale, grand édifice dépouillé, sévère, flanqué d'un haut beffroi du XIIIe siècle. Les Lituaniens sont de fervents catholiques malgré les persécutions vécues pendant des décennies d'occupation soviétique ou peut-être à cause d'elles. Les occupants avaient recyclé les lieux de culte en cinémas, en entrepôts... et avaient même poussé le cynisme jusqu'à transformer l'église Saint-Casimir en Musée de l'athéisme!

Midi: PLACE AUX CEPELINAI
L'heure du repas. Et l'occasion de découvrir une cuisine riche, costaude, pas exactement légère, mais savoureuse. Le restaurant Forto Dvaras sert de la cuisine lituanienne que les gens de l'endroit viennent manger, pas que les touristes. Cet établissement de style populaire est une véritable ruche. Comme partout, ses prix sont dérisoires.

14 h: UN MUSÉE À CIEL OUVERT
Le restaurant se trouve rue Pilies, la plus belle de Vilnius. Cette ville à la taille du Québec et, comme elle, elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité. On comprend pourquoi rien qu'à fouler les pavés de la rue Pilies, à regarder ses vieilles maisons aux couleurs pastel et aux généreuses fioritures. Cette «rue du Château» est piétonne. L'axe principal de la ville se marche de part en part. Vilnius est coloré, vibrant, joyeux, d'une propreté presque gênante. Les voitures de luxe abondent, les jeunes gens sont habillés à la dernière mode, les cafés bondés.

La vierge noire, aux vertus apparemment miraculeuse, fait courir les croyants.
Photo Mario Fontaine, La Presse

 

16 h: VIERGE NOIRE
La Galerie de peinture se trouve justement rue Pilies. Une vaste collection de tableaux et de portraits de gens des siècles passés dont on n'a jamais entendu parler, peints par des artistes tout aussi anonymes pour la plupart des Occidentaux. Le dépaysement est total. Il reste que la galerie est abritée dans un ancien palais à la gloire un peu fanée, mais au charme irrésistible. La magie continue d'opérer porte de l'Aube, à quelques pas de là, où une madone au visage noire - et aux vertus apparemment miraculeuses - fait courir les croyants. C'est bondé, l'intensité des prières est impressionnante.

JOUR 2

10 h: HISTOIRES D'HORREUR
Dur début de journée. Le Musée des victimes du génocide n'est pas du genre à remonter le moral: c'est dans cet immeuble sévère que le KGB soviétique, puis la Gestapo nazie, puis de nouveau le KGB (jusqu'en 1991!) ont emprisonné et torturé des milliers de résistants. Les pièces du sous-sol sont particulièrement sinistres, avec leurs salles d'interrogatoire et, surtout, la salle d'exécution où plus d'un millier de suspects ont été abattus au nom du communisme. Dans le même quartier se trouvent deux musées consacrés à la mémoire des dizaines de milliers de juifs exterminés par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Quelque 100 000 juifs vivaient à Vilnius au début du XXe siècle, aujourd'hui il n'en reste plus que 4000 dans tout le pays...

 

Les balades sont agréables sur la colline de Gediminas.
Photo Mario Fontaine, La Presse

 

Midi: LA RÉPUBLIQUE DES ARTISTES
Quelques minutes de marche et on arrive dans la République d'Uzupis. Il s'agit du quartier bohème de la capitale. De vieilles maisons un peu délabrées, des ateliers d'artistes, des cafés, un embourgeoisement bien entamé. La République a sa propre Constitution, avec des articles farfelus du genre «L'Homme a le droit de mourir, mais ce n'est pas un devoir», ou encore «Le chat a le droit de ne pas aimer son maître, mais doit le soutenir dans les moments difficiles». Il y en a 41 comme ça!

14 h: MOMENT DE GRÂCE
Après un bon dîner au café Tores - de la terrasse, la vue sur la vieille ville est magnifique -, on fait un crochet par le cimetière Bernardinu, un peu déglingué, aux pierres tombales hésitantes, foisonnant et totalement irrésistible de nostalgie. Comme un voyage en dehors du monde.

16 h: ENFIN LES VACANCES!
Maintenant que nos devoirs de touristes sont faits, place au magasinage! Les boutiques de luxe et les grandes bannières se succèdent dans la chic rue Gedimino où, comme partout à Vilnius, on vous servira dans un excellent anglais. Mais attention, les aubaines sont rares dans ce luxueux quartier.

20 h: L'ULTIME BIÈRE
Dernier soir à Vilnius, c'est le temps de s'encanailler. La brasserie Alaus Namai fera très bien l'affaire, avec sa variété impressionnante de bières, ses plats typiques et ses orchestres de danse. Vous serez sans doute le seul touriste, on vous y accueillera avec d'autant plus de chaleur. Sveikata!